24.11.2009
Oui à une banque de développement euro méditerranéenne
C'est une dépèche de l'Agence Europe du 20 novembre dernier qui passe assez inapercu mais sur laquelle il convient de s'attarder quelques instants.
On nous y apprend que l'actuel président du Parlement Européen, le tchèque Jerzy Buzek, qui est aussi un des quatres membres du bureau de l'Assemblée Parlementaire EuroMed (APEM) sera au Caire pour une réunion du bureau élargi de cette instance. Quelques jours avant, le 19 novembre, la Commission économique de l'APEM s'est réunie au Caire pour échanger sur les conséquences de la crise financière et économique sur la région méditerranée, sur l'éducation, la formation de capital humain et les financements du développement dans la zone euroméditerranéenne. Les discussions se sont notamment portées sur les ressources provenant de la Facilité EuroMed d'Investissement et de Partenariat (FEMIP) gérée par la Banque Européenne d'Investissement. C'est à travers ce sujet que les parlementaires ont choisi de revenir sur la proposition tunisienne visant à transformer la FEMIP en une banque de développement euroméditerranéene, proposition soutenue par l'assemblée.
Il s'agit là d'un pas considérable vers la concrétisation de mécanismes et d'institutions propres à l'UpM. La création d'une banque spécifique au projet semble en effet nécessaire en ce quelle permettra au projet de disposer de ces propres financements et d'obtenir une visibilité et une indépendance financière accrue.
Cette banque serait aussi l'occasion de répondre aux attentes des populations originaires des rives sud immigrés dans les pays des rives nord du pourtour méditerranéen. En effet cette diaspora est le plus souvent à la source d'une épargne non négligeable, renvoyez dans leur pays d'origine sans qu'aucun mécanisme ou aucune institution spécifiques ne répondent à ces mouvements de fonds. Ce sont des milliards d'euros qui chaque année n'ont d'autres choix que de passer par des organismes privés (Western Union étant l'un des plus célèbres.
Il serait donc pour le moins utile de rendre plus populaire et reconnue cette épargne des populations immigrées. C'est notamment pour cela que la création d'une banque d'investissement spécifique semble nécessaire.Malheureusement la création d'une "BIRD" méditerranéenne semble encore bien lointaine. Si les volontés politiques nationales arrivaient à s'accorder sur ce projet il faudrait encore par la suite pouvoir en décider les status et modes de fonctionnements (dotations? subventions?). Le plus grand risque étant que les pays du Sud y voient un risque d'ingérence de l'Union Européenne alors que cette même Union aurait surement du mal à s'entendre sur les objectifs d'une telle institution.
La création d'une institution multilatérale favorisant les flux financiers issus de l'immigration méditerranéenne et les projets de développement sur les deux rives doit pour autant demeurer un objectif essentiel à la construction de l'UpM. Toutefois un tel établissement ne verra surement pas le jour sans un changement des pratiques bancaires actuelles. Espérons que les acteurs économiques compétents savent tirer les conséquences de la cirse actuelle pour mieux batir les banques de demain...
21:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : méditerranée, économie, upm
22.11.2009
Coup de projecteur sur le projet SALTO
J'ai récemment eu la chance d'assister à une intervention de Monsieur Bernard Abrignani, directeur de l'Agence européenne SALTO. Cette agence malheureusement peu connue développe des programmes d'échanges entre jeunes du pourtour méditerranéen.
Basée sur un réseau de centres disséminés dans les pays européens, cette initiative a pour objectif de mener à bien l'organisation de cycles de formations et de stages articulés autour de petits groupes de jeunes issus de divers pays du pourtour méditerranéen.
Ce projet connait un succès de plus en plus important, puisqu'au cours des deux dernières années ce sont plus de 7000 jeunes des deux rives de la Méditerranée qui ont pu participer à ces activités.
Ces programmes d'échanges SALTO peuvent sembler modestes mais ils sont un point essentiel à la construction d'un espace euroméditerranéen en ce qu'ils participent à la construction d'une culture commune aux populations des deux rives. Cette culture commune ne peut se créer que par la favorisation de la mobilité, et plus particulièrement par celle des jeunes. Ces échanges sont porteurs de questions essentielles telles l'ethnicité, la place des femmes dans la société, l'enjeu démocratique, le dialogue des religions etc. Ce sont des thématiques fortes mais qu'il ne faut pas vouloir imposer aux gouvernements partenaires. Comme l'expliquait Monsieur Abrignani lors de son intervention: si l'on annonce aux représentants syriens que l'on va parler de démocratie ou aux représentants israëliens que l'on traitera de la colonisation, le risque de les voir se retirer du projet est important. Or, la plupart du temps ces thématiques et ces questionnements émergent d'eux même, grace aux vertus de l'échange et du dialogue entre les différents groupes de jeunes.
A la fin de son intervention, Monsieur Abrignani nous a confié que selon lui la démarche du projet SALTO illustre parfaitement le bilan que l'on peut tirer du processus de Barcelone quinze années après son lancement: les projets qui fonctionnent sont des projets concrets et centrés sur la dimension humaine. L'achévement d'un espace de coopération euroméditerranéen ne pourra se faire que par et pour l'humain. Toutefois il nous a invité à rester prudent sur la conduite future de ces projets. L'intégration euroméditerranéenne faisant face aux ralentissements que l'on connait, de nouveaux volets d'actions "Salto" se développent, ils sont alors orientés vers des échanges avec les pays d'Europe centrale et d'Europe de l'ouest et non plus vers la méditerranée!
Il est donc plus que jamais nécessaire de faire connaitre de tels programmes et de telles initiatives qui nous permettront de constuire une espace de mobilité euroméditerranéenne, une mobilité des humains, par les humains et pour les humains.
Plus d'info sur: http://www.salto-youth.net/euromed/
17:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : méditerranée, jeunesse, échange, union européenne
20.11.2009
Peut on encore sauver l'Union pour la Méditerranée
Voici le titre d'une note publiée il y a quelques jours par l'Institut Thomas More. Pourquoi ce titre ? Surement parce qu'un an et demi après son lancement à Paris, le projet a du faire face à des ralentissements et des échecs diplomatiques importants (la guerre de Gaza demeurant l'exemple le plus retentissant de ces blocages). Ainsi, et alors que l'Union Européenne vient de nommer son premier président, l'UpM, elle, repousse à 2010 le sommet d'Istanbul devant déboucher sur la nomination d'un secrétaire général pour l'UpM et l'implantation de son secrétariat général à Barcelone.
Un tel échec diplomatique signerait il alors la fin de la coopération euroméditerranéenne ? Bien au contraire... le ralentissement du processus diplomatique n'empêche en rien le développement de projets concrets. Aujourd'hui sur le bassin méditerranéen, ce sont près de 250 initiatives qui sont en chantier dans les secteurs prioritaires du développement durable, des transports et de la connaissance. La realpolitik est en marche et ce sont ces projets qui construisent les contours de l'UpM.
Pourrait on dans ce cas éluder le volet diplomatique de l'UpM ? Au fond un processus de Barcelone renforcé ne serait il pas suffisant ?
Un tel raisonnement serait catastrophique. Si l'UpM se construit grâce à des projets concret, il convient toutefois de continuer à encourager sa réalisation diplomatique. C'est dans ce sens que l'Institut Thomas More nous propose 4 pistes de réflexions pour sauver l'UpM.
La première est de « dépolitiser et d'apolitiser les structures opérationnelles ». Il faudrait en effet pouvoir apaiser la situation diplomatique afin de donner des institutions stables au projet. Ces institutions pourraient alors accueillir des personnalités apolitiques (entrepreneurs, bailleurs etc).
La seconde proposition souhaite « bruxelliser et barceloniser l'UpM ». Derrière ce vocabulaire se cache la volonté d'inclure la Commission Européenne comme un acteur à part entière dans le développement de l'UpM tout en réaffirmant les principes et les exigences du processus de Barcelone. Le centre de gravité du projet euroméditerranéen, ne doit pas être à Bruxelles, et encore moins à l'Elysée. L'ensemble des acteurs doivent être tournés vers l'espace méditerranéen et non vers leurs intérêts propres. A ce sujet il faut espérer que la future présidence espagnole de l'Union Européenne puisse permettre de telles avancées.
La troisième piste de réflexion entend quant à elle « assouplir le fonctionnement institutionnel,, renforcer la coprésidence et recentrer l'approche projet ». Il est vrai qu'il sera pour le moins difficile de trouver des consensus politiques entre une quarantaine de pays. Le prix à payer d'un tel fonctionnement serait la mise en place de politiques et de projets trop amendés pour être efficaces. L'UpM si elle veut exister doit avant tout se développer sur la conduite de projets concrets permettant la coopération entre acteurs du pourtour méditerranéen.
Enfin la dernière réflexion portée par l'Institut Thomas More semble peut être la plus évidente, mais elle n'en demeure pas moins l'une des plus justes : l'UpM doit « apprendre des expériences passées ». Ainsi pendant la première décennie du XXIe siècle l'Union Européenne nous a montré qu'il fallait approfondir avant d'élargir. D'autres organisations régionales nous ont aussi enseignés que de telles coopérations ne pouvaient se construire que sur des champs spécifiques, et grâce à des projets concrets. Il faudra également dans cet optique apprendre à coopérer avec des entités déjà existantes (comme l'Union du Maghreb Arabe par exemple).
L'avenir de l'UpM n'est donc pas si noir. Certes les obstacles diplomatiques nuisent à son image et à son bon fonctionnement, mais la dynamique est enclenchée. Une fois que le projet disposera d'institutions clairement établie il pourra alors pleinement se développer sur la base des centaines de projets qui se développent d'ores et déjà entre les rives méditerranéennes. L'Union pour la Méditerranée est morte ? Vive l'Union pour la Méditerranée.
18:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, méditerranée, upm, barcelone


